Sortie le 07 novembre 2012 du double DVD “En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus” ( Mikikanhei o Otte ) de SHÔHEI IMAMURA, deuxième titre d’une collection consacrée à l’enfant terrible de la Nouvelle Vague japonaise. Une édition CHOSES VUES / COOPANAME, avec le soutien du Centre National de la Cinématographie.
“ Une tranche crue et palpitante coupée au sabre dans l’histoire officielle “, Le Canard enchaîné.
Après l’échec de Profonds désirs des dieux (1968), Imamura renoue avec le documentaire en réalisant L’Histoire du Japon d’après-guerre raconté par une hôtesse de bar (1970), véritable contre-histoire du Japon vu par le bas de la société.

Profonds désirs des dieux
Ce nouvel échec commercial ruine Imamura et le contraint à se consacrer exclusivement pendant près de 10 ans à la réalisation de documentaires pour la télévision.
Imamura, pour qui le thème de la guerre est central dans son œuvre, tourne alors une série de films sur les citoyens japonais abandonnés, avec la volonté d’aller
au-delà de l’histoire officielle. En 1979, il revient à la fiction avec La Vengeance est à moi avant de recevoir deux Palmes d’or à Cannes, la première pour La Ballade de Narayama (1983), la seconde avec L’Anguille (1997).
DVD1
- « En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus (*), n°1 La Malaisie » (Mikikanhei o Otte)
- « En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus, n°2 La Thaïlande »
- « La brute revient au pays natal » (Muhomatsu Koyo ni Kaeru)
Japon, 1971-73, couleur, durée totale 137’
Après la guerre, un certain nombre de soldats japonais ont préféré ne pas rentrer au pays. Imamura part à leur recherche en Malaisie puis en Thaïlande afin de comprendre pourquoi ils ont préféré rester sur place, comment ils ont vécu leur “après-guerre”, ce qu’ils pensent de leur patrie.
« Les exilés auxquels Imamura s’intéresse ici sont des personnes qui ont sacrifié une partie de leur vie pour le Japon sans jamais rien recevoir en retour, sinon le sentiment que leur pays souhaiterait surtout les faire disparaître. Avec eux, Imamura multiplie la critique sociale qui court dans tous ses films : sort des pauvres, des femmes, développement du consumérisme, culte de l’argent, et, au-delà, critique politique de l’impérialisme japonais et - tabou suprême - de l’Empereur… » (Isabelle Régnier, Le Monde, août 2011)
Beaucoup d’anciens soldats ont une attitude très critique vis-à-vis du Japon. Présent à l’image, Shôhei Imamura, qui s’abstient de tout jugement, parvient à libérer la parole de ces sans-grades. Trente ans après les faits, il recueille des témoignages essentiels et précieux sur l’histoire du Japon impérial.
Au détour d’une conversation, on apprend, par exemple, qu’en Malaisie, plusieurs centaines de soldats nippons refusèrent la capitulation et rejoignirent l’armée communiste malaise pour continuer à combattre anglais et américains, jusqu’en 1947 ! Le réalisateur recueille de nombreux témoignages sur l’état d’esprit qui régnait au sein de l’armée impériale (bien loin des thèses officielles), sur la sauvagerie de cette guerre (et donc du ressentiment des populations autochtones à l’égard du Japon), sur le sentiment, de certains, d’avoir été manipulés, sacrifiés et finalement abandonnés.
À noter au passage, le témoignage glaçant d’un ancien soldat, (”Matsu la brute” - un nationaliste pur et dur) qui se vante d’avoir participé à des crimes de masse perpétrés contre des civils chinois mais aussi d’avoir exécuté d’un coup de pelle des conscrits nippons “mauviettes”. La figure même de l’Empereur (”de ce pays de salauds !” lance un ancien soldat devenu pacifiste) - ex-dieu vivant - n’est pas épargnée…
Dans les années 70, pour le gouvernement d’alors, le problème n’existait pas : soit les combattants étaient revenus du front soit ils étaient morts. L’expression « mikikanhei », terme qui désignait « ces soldats qui ne sont pas revenus », était prohibée dans l’administration.
Finalement, la télévision privée japonaise commanditaire refusera de diffuser la série En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus tant les films s’écartaient de l’histoire officielle (la chaîne craignait la réaction des annonceurs publicitaires, dixit Imamura). Le public japonais découvrit ces films 15 ans plus tard.

carte offensive japonaise 1941-42
Dans le 3ème film de cette série, le cinéaste fait revenir au Japon ” Matsu la brute “, rencontré deux ans auparavant. Il est accueillit à l’aéroport par une horde de photographes, tel un fantôme surgissant du passé… d’un passé refoulé. Après 33 années d’exil, il retrouve sa sœur, ses vieux amis, un pays qui le déçoit aujourd’hui et où ” les habitants ne pensent qu’à l’argent “. Il découvre qu’il a été opportunément déclaré mort — l’homme est littéralement “un revenant” —, puis retrouve son frère aîné qui le méprise et qui doute de ses blessures militaires. S’ensuit un terrible happening familial… Lors d’un entretien avec Imamura, l’ancien soldat rejette cet Empereur - autrefois vénéré - qui a abandonné « ses enfants ». Il décide finalement de retourner vivre en Thaïlande.

La brute revient au pays natal (1973)
DVD2
- « Karayuki-san, ces Dames qui vont au loin », Japon, 1973, couleur, 72′
Au début du XXe siècle, il y avait environ 2000 prostituées japonaises dans les pays d’Asie du Sud-Est. Cette époque correspond au développement industriel du Japon vers ces pays. Considérées comme “produits japonais exportés”, ces femmes ont rapporté quelques centaines de millions de yens au Japon. La plupart d’entre elles, d’origine très modeste, ont été kidnappées ou trompées sur le but réel de leur voyage, puis forcées de travailler dans des conditions misérables. Devenues de petites vieilles ridées et rieuses, quelques survivantes témoignent devant la caméra d’Imamura.
« Imamura présente, comme il le fera des années après dans Zegen (1987), la prostitution des femmes nippones exportées en Asie comme une stratégie impérialiste qui s’appuierait sur le commerce (…) / Il rappelle aussi et surtout que le Japon contemporain du film est toujours mal à l’aise avec son histoire, et notamment celle de son expansion territoriale, dont Madame Zendô est une incarnation malgré elle ». Benjamin Thomas, Positif n°610, déc. 2011. Ce film est sorti en salles aux USA sous le titre Karayuki-san, The Making of a Prostitute en 1986.
Finalement, la télévision privée japonaise commanditaire

La brute revient au pays natal (1973)
refusera de diffuser la série En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus tant les films s’écartaient de l’histoire officielle (la chaîne craignait la réaction des annonceurs publicitaires, dixit Imamura). Le public japonais découvrit ces films 15 ans plus tard. Première sortie salles en France : août 2011 (distributeur : Baba Yaga).
Prix public conseillé : 19 euros
Boutique
(*) Mikikanhei. Pour le gouvernement japonais le problème n’existait pas : soit les soldats étaient revenus du front soit ils étaient morts. L’administration ne voulait pas qu’on utilise l’expression « mikikanhei » qui désignait ces soldats qui n’étaient pas revenus.

La brute revient au pays natal (1973)

La brute revient au pays natal (1973)

La brute revient au pays natal (1973)

La brute revient au pays natal (1973)